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Marchés9 min de lecture

Le meilleur moment pour investir était hier

Pourquoi l'attente a un coût que l'on ne voit jamais sur un relevé, ce que vaut une conviction sur les actifs réels, et pourquoi le point d'entrée compte moins que la durée.

Il existe une question que presque tous les investisseurs se posent, et qui n'a pas de bonne réponse : quand entrer sur les marchés ? Elle en masque une autre, beaucoup plus utile : combien de temps comptez-vous rester dehors ?

La scène est familière. Un capital est disponible. Les marchés ont beaucoup monté, donc il paraît prudent d'attendre une correction. La correction survient, mais l'incertitude aussi, et il paraît alors prudent d'attendre la clarification. La clarification arrive, les marchés ont déjà remonté, et il paraît de nouveau prudent d'attendre. Trois ans passent. Le capital n'a jamais été investi.

Cette prudence-là n'en est pas une. Elle a un coût, il est simplement invisible, parce qu'il ne figure sur aucun relevé.

Ce que l'inaction coûte réellement

La liquidité paraît sans risque parce que son montant nominal ne bouge pas. Mais un capital ne se mesure pas en euros : il se mesure en ce que ces euros permettent d'acheter. Et sur cet indicateur, l'immobilité n'est pas neutre.

L'arithmétique suffit à s'en convaincre. Avec une inflation moyenne de 2 % par an, le pouvoir d'achat d'un capital laissé sans rendement est divisé par deux en trente-cinq ans. À 3 %, il faut vingt-quatre ans. À 4 %, dix-huit. Ce ne sont pas des scénarios de crise : ce sont les régimes d'inflation que les économies développées ont connus au cours des dernières décennies.

Détenir des liquidités n'est pas une absence de décision. C'est une position, et elle est prise contre la durée.

Le raisonnement vaut pour toute monnaie de papier. Une monnaie fiduciaire ne repose sur aucun actif sous-jacent : sa valeur découle de la confiance et de la politique de l'institution qui l'émet. Rien n'interdit à cette valeur de se maintenir. Mais l'histoire monétaire montre que la tendance longue joue rarement en faveur du détenteur de liquidités.

50100010 ans20 ans30 ans40 ans2 %3 %4 %Pouvoir d'achat de 100 € laissés sans rendementDivision par deux du pouvoir d'achat : 35 ans à 2 %, 24 ans à 3 %, 18 ans à 4 %.
L'attente ne conserve pas le capital : elle en transfère la valeur, année après année.

Notre conviction, et ce qu'elle vaut

Nous en tirons une conviction, que nous assumons en la présentant pour ce qu'elle est : une conviction, non une prévision, et encore moins une certitude.

Précisons d'emblée ce qu'elle n'est pas : une prévision d'inflation élevée pour l'an prochain. Notre scénario central de court terme est celui de la Banque de France, c'est-à-dire un reflux vers la cible, et nous le détaillons dans notre article sur le coût d'un crédit. Ce qui nous importe ici est ailleurs : sur trente ans, le risque n'est pas symétrique, et la queue de distribution est plus épaisse du côté de l'inflation que de celui de la déflation.

Dans un monde où la création monétaire reste abondante et où l'endettement public demeure élevé, nous pensons que les actifs réels, actions d'entreprises productives, immobilier, métaux précieux, conservent structurellement mieux le pouvoir d'achat qu'une créance libellée en monnaie. Une action représente une part d'entreprise qui vend des biens et des services dont les prix s'ajustent. Un immeuble produit des loyers qui s'indexent. Une obligation à taux fixe, elle, promet un nombre d'euros, et rien d'autre.

Cette conviction a des limites qu'il faut énoncer avec la même netteté. Les actifs réels baissent, parfois violemment et durablement. L'immobilier connaît des cycles longs et se paie en illiquidité. L'or ne produit aucun revenu et peut stagner pendant des décennies. Une entreprise peut disparaître. Une conviction de long terme ne dispense ni de diversifier, ni de calibrer, ni d'accepter que l'on puisse avoir tort.

Ce que cela n'autorise pas à conclure

Qu'une classe d'actifs protège mieux le pouvoir d'achat sur trente ans ne dit rien de ce qu'elle fera sur trois ans. Un capital dont vous aurez besoin dans dix-huit mois n'a rien à faire en actions, quelle que soit la qualité du raisonnement de long terme. L'horizon prime toujours sur la conviction.

Pourquoi le temps compte davantage que le point d'entrée

L'obsession du point d'entrée repose sur une intuition fausse : que le rendement d'un investissement dépendrait surtout du jour où il est réalisé. Sur un horizon long, il dépend surtout de la durée pendant laquelle il est resté investi.

La raison est mathématique. La capitalisation est une fonction du temps, pas de l'habileté. Un capital placé à 6 % double approximativement en douze ans, quadruple en vingt-quatre, et vaut huit fois sa mise en trente-six. Chaque année d'attente ne retranche pas une année au début de la série : elle retranche la dernière, celle où les intérêts sont les plus élevés parce qu'ils s'appliquent au capital le plus important.

C'est le sens de la formule selon laquelle le meilleur moment pour investir était hier. Elle n'affirme pas que les marchés monteront demain. Elle rappelle que le temps d'exposition est la seule variable de la performance longue que l'investisseur contrôle entièrement, quand ni le rendement, ni la volatilité, ni le point bas ne se laissent commander.

L'entrée progressive, une réponse honnête

Il existe une manière de sortir du dilemme sans prétendre le résoudre : investir par étapes régulières sur une période définie à l'avance. Cette méthode ne maximise pas l'espérance de gain, statistiquement, l'investissement immédiat fait mieux en moyenne, puisque le temps d'exposition est plus long. Elle réduit le regret, et surtout la probabilité d'abandonner en cours de route après une entrée malheureuse.

Ce n'est pas une optimisation financière. C'est une optimisation comportementale, et sur trente ans elle vaut souvent davantage.

Notre simulateur d'épargne projette les deux options sur l'horizon de votre choix, et met en évidence ce que chaque année d'attente retranche au résultat final.

Le risque d'arriver dernier

Une précision s'impose ici, car ce qui précède pourrait être lu comme une invitation à acheter n'importe quoi à n'importe quel prix. Ce serait un contresens.

Les marchés produisent régulièrement des phénomènes de concentration : un secteur, un thème, une poignée de valeurs captent l'attention, la performance attire les flux, les flux nourrissent la performance, et le récit finit par précéder les résultats. Celui qui rejoint ce mouvement tardivement supporte l'essentiel du risque pour l'essentiel du prix déjà payé.

Suivre la masse est confortable jusqu'au moment où l'on découvre que l'on est arrivé dernier.

D'où notre préférence pour une approche de croissance à prix raisonnable : chercher des entreprises dont les perspectives sont réelles, mais dont la valorisation n'a pas déjà escompté dix ans de succès. Cela suppose de renoncer à certaines hausses spectaculaires. Cela évite d'en subir la symétrie.

Trois lectures plutôt qu'une

Nous croyons à la combinaison de trois regards, dont aucun ne suffit seul. L'analyse fondamentale dit ce que vaut une entreprise : ses comptes, sa position concurrentielle, sa capacité à générer de la trésorerie. L'analyse technique dit ce que le marché en fait aujourd'hui : les flux, les niveaux, la dynamique de prix. Et la conviction personnelle, forgée par l'expérience, tranche lorsque les deux premières se contredisent, ce qui arrive souvent, et c'est précisément là que se joue la décision.

Aucune de ces trois lectures ne rend les deux autres inutiles. Une entreprise excellente achetée au mauvais moment se paie en années d'attente. Un signal technique impeccable sur une société fragile se paie en capital.

Ce qu'il faut en retenir

La question n'est pas de savoir si les marchés vont monter ou baisser dans les six prochains mois. Personne ne le sait, et une prévision affirmée avec certitude devrait toujours conduire à demander sur quoi elle repose.

La question est de savoir de quel capital vous aurez besoin, dans combien de temps, et ce que vous pouvez supporter entre-temps. Une fois ces trois réponses posées, l'allocation en découle presque mécaniquement, et le point d'entrée cesse d'être le sujet.

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Cet article a une vocation générale et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement, ni une incitation à acheter ou à céder un instrument financier. Il ne tient compte ni de votre situation, ni de vos objectifs, ni de votre horizon, ni de votre tolérance au risque. Tout investissement comporte un risque de perte en capital, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Rédigé par Tirtha Financial Advisory.

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